Stupid and frightening above all ! En ce moment, je n'ai pas le droit ? un jour de repos. Aujourd'hui j'ai bien failli mourir pi?tin? comme dans un p?lerinage ? La Mecque. Rien que ?a. Depuis le d?but de la journ?e, il faisait encore au moins 30 degr?s ? Shanghai, ce qui n'est pas hyper agr?able pour se balader. Et pourtant c'est ce que je fis toute la journ?e jusqu'? arriver sur HuaiHai Road. Des barri?res ?taient dispos?es sur toute la longueur de la partie commer?ante de la rue, de People's Square ? Shimen Road, soit sur au moins 3 kilom?tres, ? l'occasion du Shanghai Tourism Festival.

Moi je passais par l? car je voulais aller m'acheter une bo?te de "Petit Ecolier" au supermarch? pour expatri?s de "Lane Crawford" afin de ne pas mourir de faim demain matin entre le moment du r?veil et celui o? je pousserai la porte du Starbucks.

Malheureusement cette foule qui noyait la rue ne m'a pas fait peur, c'est donc presque amus? et curieux que je d?cidais de la longer. Le festival d?butait tout juste, les premiers chars d?filaient et les fanfares jouaient fort, toujours rien d'effrayant. Plus j'avan?ais et plus la densit? de personnes au m?tre carr? ?tait ?lev?e, jusqu'au moment o? je me suis retrouv? dans un goulet d'?tranglement dans une file quasiment ? sens unique. Coinc? comme un lapin contre une fa?ade en b?ton et des badauds accoud?s aux barri?res, je commen?ais ? sentir la pression du connard qui me suivait. Celui-ci m'enfon?ait son coude dans le dos pour m'aider ? avancer. J'aurai d? ?tre violent. Au lieu de ?a, je ne faisais que m'appuyer de tout mon poids sur lui pour lui faire comprendre que son petit man?ge ?tait inutile. Et puis les rangs se resserraient encore et encore jusqu'? me retrouver litt?ralement pris en ?tau de tous les c?t?s. La foule d'une centaine de personnes prises au pi?ge commen?ait ? s'?chauder, ?a braillait pas mal, les flancs d'une tribune se dressaient face ? nous, un parapet d'1 m?tre de haut avec des gens debout dessus sur notre droite, les barri?res sur notre gauche, et les cons qui poussaient derri?re. Je ne voyais pas d'?chappatoire possible ? part casser la gueule d'un mec sur le parapet et lui prendre sa place.

L?, on en ?tait au point o? j'?tais tout rouge, essayant de contr?ler ma respiration, ne cessant de me r?p?ter qu'il ne fallait pas c?der ? la panique et qu'il ?tait plus temps que jamais d'appliquer la r?gle du fameux "Je reste calme et je bois mon caf?." Tout du moins la premi?re partie de la r?gle. Sauf que nous y ?tions, les gens autour de moi avaient compl?tement perdu leur sang-froid, ?a commen?ait ? s?rieusement chier dans tous les sens. Les gens tentaient de se hisser sur le parapet en ?tant hyst?rique, ils se faisaient limite marcher sur la gueule. Je continuais d'essayer tant bien que mal de contenir les gens autour de moi loin de mes poumons pour garder un maigre espace vital me permettant de respirer. C'est devenu trop difficile, je d?gageais alors mes bras vers le haut de mani?re ? pouvoir m'agripper aux autres car tout le monde ?tait bouscul? et manquait de perdre l'?quilibre en permanence. Dans un geste animal, j'ai tent? ? 2 reprises de me hisser sur ce fameux parapet pour fuir par les pelouses derri?re, mais ? 2 reprises je suis retomb? ? la renverse dans la foule ! Et mes pieds ne touchaient pas le sol tout de suite, non, les deux fois o? je suis retomb? j'ai parcouru quelques pas port? ou plut?t serr? par cette masse tr?s flippante. Finalement, coinc? contre le flanc de la tribune, l'?chappatoire ?tait l? sur la droite, j'ai manqu? de me casser la gueule en sortant de la meute ? cet endroit car il y avait une petite marche masqu?e par le gars qui marchait ? trois centim?tres devant moi. Si j'?tais tomb?, les suivants auraient ?t? capables de me pi?tiner !

Une fois sorti de ce p?trin, j'ai pris un bon coup de flippe ? rebours, bien essouffl? et maintenu sous tension par une bonne petite mont?e d'adr?naline, j'allais m'asseoir quelques minutes. J'avais vraiment les jambes en coton. Je puais la trouille. Et pendant ce temps-l?, ? 10 m?tres sur notre gauche, les fanfares et les chars continuaient de jouer de la musique ? fond les ballons, compl?tement inconscients de ce mini drame. C'est une ambiance un peu sp?ciale, se retrouver en lutte pour sauver sa peau au beau milieu d'un festival de gens heureux jetant serpentins et cotillons sur la foule, ?a fait bizarre.

Qu'en retirer ? Pendant tout le moment o? je luttais comme un fou pour ?viter l'?crasement et le pi?tinement, je songeais que dans le cas de ph?nom?nes de foule plus importants encore, le danger devait venir de l'?vanouissement. Au centre de l'action, la temp?rature et la tension sont maximales et je suis certain que les premi?res victimes font des malaises, s'effondrent et se font pi?tiner. Le deuxi?me danger est que la foule est tellement compacte qu'on est en d?s?quilibre permanent. Pas moyen de bouger ses pieds et pourtant ?a pousse dans tous les sens, il en faut tr?s peu pour s'?taler en avant.

Ensuite comment se fait-il que je n'ai pas song? ? faire demi-tour lorsque ?a commen?ait ? un peu trop sentir la merde ? Je ne sais pas, ?a n'?tait peut-?tre pas possible mais je n'y ai m?me pas pens?, je crains. L'id?al aurait ?t? de ne pas s'engager du tout de toute fa?on. Comment se fait-il que je ne sois pas parvenu, fut-ce ? 4 pattes, ? prendre la poudre d'escampette par le petit parapet ? Parce que je le voyais ? peine tellement il y avait du monde dessus et que les deux fois o? j'ai tent? de m'y hisser, un mec me g?nait devant et ne faisait rien pour ?viter que je sois repr?cipit? en arri?re. Cela dit, je pense qu'? 4 pattes avec quelques mauvais coups, ?a aurait pu passer.

Morale de l'histoire : Les foules de rues sont dangereuses et compl?tement d?raisonnables. Il faut les fuir.

Post-Scriptum : Une bonne nouvelle aujourd'hui quand m?me, j'ai achet? mes billets d'avion pour faire un tour de Chine la premi?re semaine d'Octobre.


La mascotte du festival