Je viens de passer les 48 derni?res heures dans un trip du genre "Violence des ?changes en milieu temp?r?", ceux qui ont vu le film comprendront que j'?tais donc en d?placement dans une PME ? plus de 3 heures de train de la capitale, plein Sud. Cette r?gion ne m'est d'ailleurs pas d?sagr?able, j'y ai toujours ?t? accueilli ? bras ouverts et ? chaque fois que je me rends l?-bas c'est un peu comme si j'?tais en vacances.

Ainsi j'aurai pu appr?hender cette plong?e professionnelle de mardi matin ? mercredi soir. Coucher ? l'h?tel dans une campagne perdue m'aurait sacr?ment torpill? le moral. Mais en fait, point de souffrance, puisqu'il y avait ce joyeux bol d'air de la soir?e du mardi chez A&L, accompagn? d'une longue nuit pass?e dans une chambre dont je vais d'ailleurs bient?t devoir rendre les cl?s pour cause de survol de cigognes. Mine de rien, c'est vrai qu'on dort paisiblement dans un voisinage calme o? le dernier bruit se fait entendre sur les coups de 22 heures. C'est tout ? fait le genre de climat propice ? l'oubli total de l'agitation habituelle. L?-bas, j'oublie pour quelques heures d'avoir la bougeotte. On peut rester toute une soir?e au repos sans avoir l'impression de louper quoi que ce soit ailleurs.

Je reviens ? la motivation professionnelle de cette escapade. Bri?vement, il s'agissait d'aller d?fendre quelques id?es face ? un sympathique patron d'un groupe de PME qui exerce un contr?le rapproch? sur absolument tout ce qui se pr?sente ? l'entr?e de "sa maison". ?a s'est plut?t tr?s bien pass? et nous sommes repartis avec beaucoup de choses ? faire pour ces prochaines semaines. Mais, autant lorsqu'on est entour? d'amis on peut trouver un certain charme ? l'?loignement subi de son domicile, autant lorsque nous ?tions ? bosser dans les murs de notre h?te industriel dans la journ?e, je me disais : "wow... on est quand m?me loin de tout...". Les mecs qui nous ont emmen? manger mercredi midi au resto du coin n'ont pas arr?t? de parler gastronomie locale. En vrac, comment faire une omelette aux truffes ? comment r?colter de la truffe ? comment d?couper une vache ? comment ramasser des champignons dans les environs ? comment utiliser une sur-production de tomates de son jardin ? etc, etc. Des questions dont je n'entends d?battre qu'ici en somme. Et ensuite voil? qu'un des mecs se mettait ? nous parler de son potager.

?a m'a fait marrer car ceci m'a rappel? qu'il y a quelques jours, j'expliquais ? mon ami Ludvik! que j'attendais avec angoisse la jour o? un switch s'op?rera dans ma t?te et me fera dire : "Tiens aujourd'hui j'ai envie de planter des tomates dans mon jardin." (Il faut d?j? en avoir un de jardin) Je ne sais pas si vous avez remarqu? mais il y a quand m?me pas mal de monde qui, une fois bien install? dans la vie, se met un jour ? vouloir r?colter des tomates et ? avoir des envies de potager. L'id?e me para?t aujourd'hui compl?tement saugrenue, et je vois beaucoup plus de contraintes que de satisfaction ? faire pousser des tomates chez soi, et pourtant... et pourtant il faut bien s'attendre ? ce que cette ?trange envie nous assaillisse aussi un jour. Planter un arbre, ?a je ne dis pas, c'est cool. D'ailleurs y'a un mec qui a dit que pour r?ussir une vie il fallait ?crire un livre, faire un enfant et planter un arbre. Mais des tomates... vraiment j'ai du mal ? saisir le concept. Ceci reste donc une ?nigme et je m'interroge sur les conditions qui font qu'un jour on se l?ve avec une envie de d?marrer son propre potager. Il n'en reste pas moins que Ludvik!, une fois remis de sa crise de rire provoqu?e par mes r?flexions, valide le fondement de mon angoisse. Et merde je me suis ?gar?.

Jusqu'? pr?sent je disais donc :
1) Que m?me si on est ?loign? de son habitat habituel, on peut tr?s bien le vivre de mani?re relax ? condition d'?tre entour? de quelques amis.
2) Et qu'on se sent, en revanche, facilement loin de tout et paum? lorsqu'on se retrouve ? travailler au milieu de la campagne sans plus aucun ami autour de soi. Et ce ind?pendamment du fait que la dite campagne soit jolie ou pas.

C'est en partant de ce deuxi?me point qu'on appr?cie alors par-dessus tout le retour chez soi. En l'occurence les 3 heures de train qui me ramen?rent ? Austerlitz. Pour ?teindre la douleur de ce trop long voyage pris sur mes heures de repos, je commen?ais par dormir une petite heure. Puis je terminais un bouquin durant la deuxi?me heure (Mr China - Comment perdre 450 millions de dollars en Chine apr?s avoir fait fortune ? Wall Street - de Tim Clissold, je le recommande, c'est excellent), avant de ne plus me concentrer sur rien d'autre que le paysage qui d?filait dans la nuit ? l'horizon derri?re la vitre. Enfin paysage est un grand mot, disons plut?t que j'observais les lumi?res et les lueurs au loin. Sans compter les trains qui nous croisaient. Et face ? ce spectacle, j'eus ? peu pr?s un souvenir et une r?flexion.

Le souvenir : durant un trajet nocturne aussi, ? l'avant d'un bus japonais, entre Narita Airport et Tokyo. Il y avait cette m?me sensation que localement autour du bus, il n'y avait absolument rien ? voir ou ? faire ; mais que plus loin partout autour de nous juste avant l'horizon, ?a grouillait de vie. Les lumi?res ?taient l? pour t?moigner d'une activit? continue malgr? l'heure tardive.

La r?flexion : si j'?tais Pr?sident de la R?publique et que je prenais ce train, je serai vachement heureux "d'administrer" un pays o? les flux de voyageurs sont permanents par le rail, par la route, par les airs gr?ce ? de belles infrastructures modernes. En observant toutes ces lumi?res de villes au loin, je serai fier de voir que le pays que je dirige a un pouls qui bat fort en permanence. Je serai content de voir qu'il y a de l'?lectricit? partout autour de moi pour que mes concitoyens puissent continuer de travailler et de contribuer au rayonnement du pays dans le monde. Enfin je serai assez satisfait de savoir que si quelque chose ne me pla?t pas dans ce train, je peux tout de suite abuser de mon pouvoir en appelant le directeur des trains pour lui demander s'il ne se foutrait pas un peu du monde en offrant un service "bien mais pas top" aux usagers qui sont aussi potentiellement mes ?lecteurs.

...Et puis ensuite je suis arriv? chez moi et j'ai mang? du poulet au curry avant de me coucher. Demain j'irai reparler avec mes coll?gues au bureau de cette escapade intemporelle chez un patron de PME qui nous parlait aussi brutalement et sinc?rement que "H? les mecs, faut se bouger l? maintenant, faut que ?a aille vite o? sinon nous n'aurons d'autres choix que d'alourdir encore un peu le plan social !". LOL.