Antoine Online

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samedi 30 décembre 2006

Quand le traditionnel conte vire au drame !

J'ai ?t? t?moin d'un flagrant oubli d'esprit de No?l, vendredi 23 d?cembre dernier aux alentours de 19h15 ? la FNAC Montparnasse. C'est donc au nom du Comit? d'Organisation d'un Nouveau No?l d'Aide et de Solidarit? pour les Sans Euros (C.O.N.N.A.S.S.E.) que je d?nonce la cruaut? d'une vilaine caissi?re. Laissez-moi vous peindre le tableau de cette petite sc?ne de vie.

3 protagonistes :
- Premier personnage, la victime, une dame dans un tailleur ? carreaux noirs et blancs qui devait ?tre ? la mode il y a encore une quinzaine d'ann?es ? peine, brune, longs cheveux raides, discr?te dans son ensemble, ne respirant globalement pas l'aisance et la haute estime de soi comme les autres affreuses bourgeoises, tra?nant dans le quartier ? l'heure de la fermeture des boutiques, plus emperlous?es encore que leur propre sapin ? cette saison.
- Deuxi?me personnage, la caissi?re de la FNAC, une blondinette propre sur elle, paraissant assez inoffensive au premier abord mais que la fatigue de fin de journ?e pousse vers une ind?licatesse verbale et une m?chancet? gratuite. Une vraie petite connasse quoi (rien ? voir avec le Comit? d?j? cit?).
- Troisi?me personnage, the Watcher, l'ethnologue auto-proclam? de la rue de Rennes entre autres, t?moin de la sc?ne ? l'insu de son plein gr?, moi.


Les files d'attente aux caisses ?taient aussi longues que les bras du grand orang-outan d'Indon?sie (jugez par vous-m?me). Et ?tonnamment elles ?taient plut?t calmes et disciplin?es. Un vigile organisait ces files ? mesure que les clients, r?chapp?s de la cohue r?gnant aux ?tages sup?rieurs, se pr?sentaient ? la caisse pour r?gler leurs achats. Les gens ?taient logiquement satisfaits d'avoir pu, jusqu'? l'avant-veille de No?l ? cette heure semi-tardive, trouver un cadeau ? offrir. Et la difficult? pour beaucoup d'entre eux ?tait moins le passage face au tiroir-caisse que la recherche de LA bonne id?e originale de cadeaux. Ainsi donc foule il y avait, mais d?tendue ?tait l'atmosph?re.

Devant moi, la victime commen?ait ? poser sur la caisse ses achats. La blondinette flashait les codes barres au moyen de son pistolet et annon?ait : "60 euros et 44 centimes s'il vous pla?t" d'un ton encore neutre. La dame-cliente sortait alors de son sac 2 ch?ques-cadeaux d'une valeur de 30 euros chacun et s'appr?tait ? puiser dans son porte-monnaie les quelques centimes d'euros n?cessaires pour atteindre la somme annonc?e... Elle n'avait pas encore termin? de poser les deux ch?ques devant elle que Madame Blondinette l'arr?tait net en lui opposant un "Ah non je suis d?sol?, on ne prend pas ces ch?ques l? dans notre r?seau".

Et l? nous avons senti que le sol se mit ? tanguer sous les pieds de la victime. Nous ?tions tous dans l'attente d'un "Ah bon ? Bien, ce n'est pas grave, je vais vous r?gler en carte bleue dans ce cas" qui n'est finalement jamais venu. Au lieu de ?a, elle balbutiait un timide "Ah... et bien, je n'ai pas d'autres moyens de paiement... je n'ai pas assez de liquide... je ne vais pas pouvoir tout prendre...". Tout le team de la caisse num?ro 8 observait d'un oeil discret et compatissant cette dame embarrass?e.

D?butait alors le plus douloureux des arbitrages qui soit en cet avant-veille de No?l. Dans le panier de courses initial de la dame : un coffret de 3 DVD et 2 romans. On pouvait suivre sur son visage le cheminement de ses pens?es. Le regard riv? sur le sol, perdue dans sa r?flexion, elle se questionnait : "Dois-je garder le coffret de 3 DVD qui ferait tant plaisir ? Valentin ? O? dois-je plut?t acheter les 2 romans qui combleraient de bonheur Manon ? Lequel de mes deux enfants vais-je devoir sacrifier ? S'il y en a un capable d'endurer une d?ception am?re en ce jour de joie pour les enfants, quel est son nom ? Saura-t-il un jour me pardonner ?".

Et alors que tout le monde retenait son souffle conscient du drame qui se nouait ici, la caissi?re choisissait d?lib?r?ment d'ajouter un coup de pression ? la sc?ne en l?chant "Bien, vous avez fait votre choix madame ? Va falloir se presser maintenant, y'a du monde qui attend !". Son sourire s'?tait effac?, elle avait le regard froid et calculateur des tueurs en s?rie. La victime d?cidait d'abandonner sa dignit? sous l'assaut de cette p?ronnelle en gilet vert ? bande jaune, et implorait sans relever les yeux qu'on lui redonne le montant de chacun des articles qu'elle avait dans son panier.

D'un ton tranchant, inopportun, la dinde en service caisse num?ro 8 s'ex?cuta et pronon?a rapidement "29 euros 95 les DVD, 12 euros 49 ce roman ci et 18 euros ce roman l?"... Nouvelle minute d'apn?e pour le team de la caisse 8, clients de la file d'attente compris. La victime en proie ? son interrogation finit par trancher, apr?s une ultime sommation de la blonde qui n'avait plus d'humain que quelques r?les d'exasp?ration. Ce seront donc les 2 romans qui tr?neront sous le sapin. Et voil? que la victime d?plie un an un les billets, aligne doucement les pi?ces d'une main tremblante, parvient finalement ? r?unir 30 euros et 49 centimes. Ces 30 euros et 49 centimes puis?s sur le compte "D?ner de No?l" en toute vraisemblance. Cette ?pargne qui aurait du payer les tranches de saumon servies en entr?e, ou peut-?tre la b?che dont raffole les enfants en dessert, cette ?pargne donc, fut abandonn?e dans la douleur au milieu d'une indiff?rence quasi-g?n?rale et surtout en face d'une ?me haineuse !

D?boussol?e, d?j? ivre de remords de ne pas pouvoir offrir aux enfants le No?l qu'ils m?ritent, la victime s'en allait, le regard toujours viss?e au sol. Et c'est ? cet instant que la D?traqueuse choisit de lever haut l'?p?e pour donner l'estocade sous la forme d'un "H? !! vous pourriez dire au revoir !? alors ! non mais d?j? que vous avez fait attendre tout le monde, cela ne doit vous emp?cher d'?tre polie !". A?e a?e a?e... La g?ne gagnait ? pr?sent les autres badauds venus assist?s au massacre. Cette pauvre dame venait de vivre un ?pisode humiliant, et voil? que son bourreau lui replantait le nez dans la merde en public. Elle n'eut pas la force de dire quoi que ce soit. Elle retourna la t?te furtivement mais une nouvelle fois ne parvint pas ? affronter le regard inquisiteur de la caissi?re. Elle ?tait d?j? en fuite.

A la suite de cela, l'ambiance ?tait pesante caisse num?ro 8. C'?tait ? mon tour de me pr?senter face au monstre. Conscient que le moindre faux pas serait sanctionn?, je prenais les pr?cautions d'usage en adressant un "Bonsoir" de politesse, pour calmer l'ogre. Ce dernier s'excusait de m'avoir fait attendre "? cause de la dame"... je r?pondais que j'en avais strictement rien ? secouer, et que je n'?tais pas ? 5 minutes. Je n'avais qu'un article, un cordon double jack, 4 euros 90 centimes. Rien de nature ? r?veiller la furie. Je r?cup?rais ma monnaie et l?chait "Merci" ? l'attention du cauchemar des m?nag?res Sans Euros. Prise de risque minimale de mon c?t?... jusque l? tout se passait bien. Le d?mon semblait s'?tre rendormi. Et puis catastrophe, transaction conclue, je me suis cru libre un peu trop rapidement et oubliait les circonstances de ce vendredi 23 d?cembre. Je quittais la caisse et son dictateur en ne l?chant qu'un "Au revoir"... Sanction imm?diate, je fus rattrap? par le col et j'entendis claquer ? mes oreilles : "Et puis bonnes f?tes quand m?me hein !?!!!". Je ne lui devais plus rien, je me contentais donc d'un "Oui merci". ?a fait partie des enseignements de base : Toujours partir en vainqueur.

jeudi 21 décembre 2006

F?cheuse posture

Je parie une coupe de champagne qu'il ne tiendra jamais jusqu'au 25 dans cette position !


mardi 19 décembre 2006

Rions un peu with the bullshit terminology

Vous qui travaillez dans un milieu pro o? les gens sont bien habill?s et bien coiff?s, vous avez s?rement remarqu? une chose. En chaussant votre nouvelle fonction, vous avez commenc? par apprendre tout un petit jargon propre au milieu dans lequel vous ?voluez, sans lequel ce n?est m?me pas la peine de penser faire illusion plus d?un mois. Le jargon, les sigles, etc, sont des choses indispensables, c?est vrai, permettant d?atteindre les cimes de la productivit?.

Mais n?oublions pas qu?il y a une base invariable, et commune ? beaucoup de secteurs, de termes ? consonance anglo-saxonne qui est tout aussi indispensable et qui peut servir ? palier votre m?connaissance du jargon interne ? vos d?buts. Sans d?conner, ces termes peuvent m?me ?tre une arme pr?cieuse pour clouer le bec ? votre interlocuteur. ?a fait tr?s ? corporate ? dans votre bouche, ne vous mod?rez donc pas. Plus vous para?trez ? corporate ? et plus vous serez un professionnel reconnu.

Alors comment faire au juste pour n?exprimer son opinion, lors de ? kick-off meeting ? ou de ? conf call ?, qu?au travers d?un vocabulaire herm?tique ? Le lexique qui suit vous aidera ? relever ce d?fi ! En France, c?est encore bien souvent celui qui gueule le plus fort des choses incompr?hensibles qui a raison. D?autre part votre ma?trise des us et coutumes verbales made in US demeurera un ? strong asset ? aux yeux de vos boss quinquas qui parlent anglais comme des vaches andalouses.

- FYI : un grand classique qui veut dire ? For Your Information ?, ? placer en t?te d?un email re?u et que l?on ? forward ? ? quelqu?un que cela est susceptible d?int?resser. Remarque : on l??crit mais on ne le prononce jamais car c?est justement impronon?able.

- ASAP : As Soon As Possible. Tr?s pratique lorsque l?on est incapable de planifier quoi que ce soit? plut?t que de s?emmerder ? faire et mettre ? jour des ? plannings ? que les gens ne respectent de toute fa?on pas, adressez des requ?tes ? ex?cuter ASAP. Remarque : ? la diff?rence de FYI, le ASAP passe aussi bien ? l??crit qu?? l?oral.

- BTW : moins employ? que les deux pr?c?dents, on le trouve en introduction d?un deuxi?me paragraphe au sein d?un email g?n?ralement. D?coulant de la premi?re id?e expos?e, il veut dire ? By The Way ? (que l?on peut traduire par ? Tiens au fait ? ou ? Tiens bah d?ailleurs tant que j?y suis j?y pense je voulais aussi te dire que?).

- Draft : un draft est un document non abouti, encore ? l??tat de brouillon.

- Spreadsheet : c?est pareil qu?une feuille Excel mais en mieux.

- Conf Call : abr?viation de ? Conference Call ?, soit une r?union t?l?phonique impliquant plus de deux personnes.

- Codir, Copil : abr?viations respectives de ? Comit? de direction ? et ? Comit? de pilotage ?, nous touchons l? aux hautes instances ex?cutives.

- Slideset : ensemble de diapositives (slides) cr?? au moyen du logiciel PowerPoint ou un ?quivalent.

Passons ? une premi?re mise en application de ce nouveau vocabulaire.
Exemple : ? Dis donc Jean-Ren?, j?ai ?t? mis dans la boucle pour la pr?paration du prochain Copil lors de la daily conf call ce matin, pourrais-tu ? ce sujet penser ? me forwarder ton slideset pr?sentant les cost savings du projet Toto&Fils. ?a n?a pas d?importance si n?est encore qu?un draft, dans ce cas envoie moi simplement les spreadsheet sources et je me d?brouillerai avec. ?

Bien. D?j? avec tout ?a, il y a de quoi se d?fendre ! Mais ce n?est pas fini, en voici encore une rasade.

- Pipe ou Loop : ? Pipe ? doit ?videmment ?tre prononc? ? Paille-pe ? ? l?anglaise. Et ? Loop ? se dit ? loupe ? of course. Ils s?emploient pour signifier que quelque chose ou quelqu?un vient d?entrer dans la danse et que d?s lors les choses vont pouvoir avancer. Exemple : ? Hey Jean-Patrick, tu verras dans ton inbox, je t?ai forward? un email ? propos du dossier Cogerec. Le sujet est dans le pipe depuis une semaine mais tu n??tais pas dans le loop. Je compte sur toi pour nous d?brouiller ce merdier. ?

- MOU : un mou est un Memorandum Of Understanding. Il d?signe un document fixant g?n?ralement le cadre d?une n?gociation, c?est un pr?-contrat, un pr?alable ? la signature d?un accord de collaboration entre deux partenaires ayant identifi? des int?r?ts communs sur un march? par exemple.

- Issue : se pronounce ?ichyou?, et veut litt?ralement dire ?probl?me?. Quand on a un issue, c?est ennuyeux. Tout issue doit vite ?tre r?gl?.

- Top of mind : litt?ralement le ? haut de l?esprit ?, d?signe ce qu?on a de pr?sent ? l?esprit en Top 5 des priorit?s sur lesquelles on doit travailler.

- Top of the basket : m?me concept que l?expression pr?c?dente, signifie ?haut du panier?. Cette id?e/sujet/probl?me est sur le top of the basket. Tout le monde l?a donc ? l?esprit.

- Cherry picking : ah? voici une de mes expressions pr?f?r?es. Faire du ? cherry picking ? revient ? choisir les sujets sur lesquelles on travaille. Et il va bien s?r de soi qu?on choisit les choses les plus nobles, les dossiers pour lesquels un traitement efficace et rapide apportera un reward ?lev?. Imaginons un g?teau ? la chantilly avec une cerise sur le dessus. La chantilly, c?est pour les GFO, c?est-?-dire les Grouillots de Fond d?Organigramme. Et la cerise, la meilleure part du g?teau, c?est pour le boss. On dira qu?il a fait du ? cherry picking ?.

- Steering committee : c?est un comit? de pilotage. Pour valider une phase de projet, on se doit d?organiser une r?union d?avancement, revue de projet, comit? d?accompagnement, comit? de validation? appelez ?a comme vous voulez mais ayez quand m?me ? l?esprit que si vous parlez de steering committee, ce sera encore mieux.

- Fit : un fit est un sentiment ressenti ? l??gard d?une autre personne. Avoir un bon fit, c?est avoir un bon contact avec quelqu?un. Exemple : ? J?ai un bon fit avec le directeur marketing, il a ?cout? mes revendications lors du steering committee ce matin? enfin je crois que c?est surtout avec son assistante que j?ai un bon fit en r?alit?. ?

- Base line : une base line est employ? pour d?signer une signature textuelle accompagnant souvent un graphique ou un logo. Par exemple, si sous le logo d?une bo?te c?est ?crit : ? Entre le A de vos attentes et le A de nos ambitions, nous avons mis du r?ve. ?, on pourra dire que cette enivrante accroche est la ? base line ? de l?entreprise.

- Bottom line : celui-l? vient du vocabulaire comptable. ? Bottom line ? d?signait ? l?origine la derni?re ligne d?un compte de r?sultat, c?est-?-dire le r?sultat net. Mais on s?en sert ? pr?sent pour d?signer toute sorte de r?sultat attendu. Exemple : ? Mon bottom line, au-del? de la signature de ce contrat, reste la fourniture de nos services ? notre client dans les temps. ?

- Lup : se prononce ? lupe ? car c?est du fran?ais et ?a veut dire ? Liste Unique de Probl?mes ?. Celui- l? n?est pas vraiment standard, c?est la simple cr?ation d?un manager tentant de faire entrer son nom au palmar?s des mecs qui pratiquent le ? bullshit speaking ? couramment ? longueur de temps. Tr?s simple ? mettre en ?uvre, on y inscrit tout ce qui emp?che les gentils employ?s d?avancer dans leur t?che passionnante, et chaque matin on se fait une revue de ? lup ? pour voir comment ? adresser ? (d?riv? de l?anglais ? to address ? dans le sens de ? to deal with ?) ces petits tracas qui font que le boulot n?avance pas.

- NIMBY ou BANANA : pour ? Not In My BackYard ? et ? Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anyone ?. Deux abr?viations qui sont tr?s peu employ?es mais qui peuvent fournir un bouclier efficace le moment venu. A votre coll?gue chef-aspirant qui voudrait vous refourguer un morceau du monceau de dossiers qu?il a accept? de traiter pour se faire bien voir, vous pourrez lui dire : ? Dis donc coco, tes dossiers, c?est NIMBY. Tu as accept? de les traiter, tu te d?merdes tout seul. ?

- Statutaire : ce n?est pas un terme anglais, mais ?a claque si vous travaillez dans le domaine de la communication. A l?apparition des nouveaux visuels que proposent l?agence de pub pour votre prochaine campagne publicitaire, exclamez-vous : ? Ah oui ! C?est statutaire. ? Personne ne comprendra vraiment de quoi vous voulez parler mais ?a en imposera un max.

- mot+ing : alors l? c?est facile, je veux parler de tous les mots qui se terminent par ? ing ? et que tout le monde conna?t d?j? tr?s bien, tels ? meeting ? ? planning ? ? timing ? ? invoicing ? etc.

- Touch base : en anglais le verbe ? to touch base ? veut dire ? aborder un sujet avec quelqu?un ? avec la connotation de faire ?a de mani?re br?ve. Fran?isez-le et d?tes ? la personne ? l?autre bout de l?open space : ? Dis donc Jean-Francis, il faut qu?on se fasse un touch base ? propos du dossier Pinder car je commence ? ne plus y voir trop clair. O? en est-on au juste ? ?

Allez on termine en beaut? par un autre verbe dont vous pouvez faire usage dans les m?mes circonstances que lorsque vous emploierez ? statutaire ?, il s?agit de ? blaster ?. Exemple : ? Waouhh !!! T?as vu tout ce qu?on a appris ?! Ce post, ma parole, il blaste tout. ?

Et voil? les amis ! Vous voici ? pr?sent arm?s pour bullshiter en soci?t? ! Et n?oubliez jamais qu?au-del? d?un vocabulaire ad?quat, le bullshiteur professionnel parvient ? vous en mettre plein la vue rien qu?au moyen d?un masque savamment s?lectionn? et d?une mise en page ? corporate ? lors de pr?sentations sous PowerPoint. Si en plus ? cela s?ajoute les effets d?apparition de titres, graphes et textes? alors attention ! vous ?tes en face d?un Master of the Master ! Communiquer est un art et une science ? la fois, et tous les coups sont permis lorsqu?il s?agit de faire passer ? son interlocuteur l?id?e en laquelle on croit !

dimanche 10 décembre 2006

What the hell !

David Blaine est un magicien am?ricain qui se ballade dans la rue et fait des num?ros aux passants. Si vous ne le connaissez pas, vous pouvez voir sur YouTube quelques extraits de son ?mission :
La carte poignard?e
La l?vitation
La canette de bi?re
La bague
La pi?ce de monnaie
et beaucoup d'autres encore...

Et ? pr?sent, regardez cette parodie dont je ne me lasse pas, c'est ? mourir de rire.


La m?me parodie en sous-titr?e si vous ne comprenez pas tout ce qu'ils disent.

samedi 9 décembre 2006

Tout s'explique



Jeudi soir dernier, avant d'aller f?ter comme il se devait mon petit anniversaire dans les bars sympa jouxtant le Panth?on, je faisais un crochet par la CCI de Paris pour assister ? un d?bat organis? par La Tribune avec Jean-Pierre Raffarin. Pour ceux qui s'en souviennent, j'avais d?j? crois? Jean-Pierre ? Shanghai en avril 2005. Devenu entre temps s?nateur, il a pris le temps de r?fl?chir sur le "non" qui l'emporta au r?f?rendum pour la constitution europ?enne. Je retranscris l? en gros ce qu'il nous a dit :

"Vous savez, il faut faire l?effort de comprendre ce qui suscite r?ellement l?int?r?t des citoyens, je me souviens de mes premiers cours de marketing dispens? par Monsieur Jacques S?gu?la, ? l?ESCP en 78, juste avant qu?il ne tourne mal. Il disait : ? Ayez toujours ? l?esprit le besoin r?el du consommateur. Un homme qui entre dans un magasin de bricolage pour acheter une perceuse par exemple, ce n?est pas d?une perceuse dont il a besoin. Ce dont il a besoin, c?est de faire des trous. ? L?enseignement du r?f?rendum sur la constitution europ?enne est que les politiques ont perdu de vue le besoin r?el motivant la cr?ation d?une communaut? europ?enne. Le d?bat s?est tourn? autour des institutions qui ?taient d?j? per?ues comme lourdes, tr?s bureaucratiques. Jamais nous n?avons parl? de ce que permettrait de faire concr?tement une telle organisation. A plus forte raison en France, o? nous avons une obsession organisationnelle, nous n?avons pas assez ?voqu? les grands projets qui pourraient s?appuyer sur une politique europ?enne commune pour se d?velopper. Etonnamment au Luxembourg, petit pays g?ographiquement au centre des poids lourds de l?Europe, a aussi majoritairement dit non ; alors que les enfants naissent l?-bas quasiment trilingues. Ils n?ont fait qu?exprimer le sentiment des citoyens europ?ens qui ont l?impression qu?on leur monte une machine ? gaz sans qu?on ne mette plus justement l?accent sur les r?alisations futures permises par la construction d?une entente. Le besoin europ?en n'est pas d'avoir un parlement ou une commission. Le besoin europ?en est bel et bien de monter des projets communs, rassemblant plusieurs nationalit?s sous de m?mes int?r?ts, afin de faire valoir notre savoir-faire ou nos positions d?j? acquises, sur un march? mondial de plus en plus comp?titif."

C'est donc ?a. Merci Jean-Pierre, il aurait simplement fallu avoir cette vision un peu auparavant. Un peu plus tard, ? propos de l'entr?e dans l'Union de nouveaux pays tels que la Turquie pour n'en citer qu'un, Jean-Pierre conc?dait qu'il fallait marquer une pause dans le processus d'int?gration de nouveaux adh?rents. Pour achever en premier lieu ce qui est d?j? en chantier disait-il. Bon, rien d'?tonnant l?-dessus, c'est la ligne UMP.

Un peu plus tard encore, ? propos de la Chine, un des sujets favoris de Jean-Pierre :

"La Chine cr?e une France tous les 3 ans ! La d?mographie actuelle chinoise, c'est 20 millions de citoyens en plus chaque ann?e ! Sans espoir de pouvoir rivaliser avec une telle croissance, il est bien ?vident que la France doit se placer sur ce nouveau march?. Or qu'y observons-nous ? Actuellement, le principal concurrent de la France en Chine, c'est l'Allemagne ! Lorsque l'ex?cutif chinois lance un appel d'offres international pour la construction d'un train ? grande vitesse, en bout de course, Alstom se retrouve oppos? ? Siemens. Nous revenons donc ? la d?monstration de l'absolue n?cessit? de construire des alliances europ?ennes pour aborder les march?s ?mergents. L'autre souci concernant ces march?s ?mergents, c'est qu'ils s'abstiennent parfois de conclure les ?changes dans le respect des r?gles de droit. C'est pourtant bel et bien le fondement de la politique, cr?er un certain nombre de r?gles de droit pour permettre des ?changes ?quitables. Aujourd'hui, le gouvernement chinois parle en direct avec le PDG de Boeing. Le pr?sident de Microsoft se d?place jusqu'? P?kin pour rencontrer en t?te-?-t?te le pr?sident de la r?publique populaire. Ceci donne la nette impression que les r?gles capitalistes de march?s tendent ? s'imposer et ? supplanter les r?gles d?finies par l'OMC par exemple. C'est grave !"

Enfin sur la fin du d?bat, J-P confirmait que la France peut tout ? fait se permettre de continuer de d?velopper sa propre ligne en mati?re de politique ?trang?re. Nous sommes all?s, selon lui, d?j? suffisamment loin dans notre d?marcation vis-?-vis de la politique ?trang?re am?ricaine pour ne plus se sentir oblig?s de revenir dans le giron am?ricain. Il rappelait ? cette occasion une phrase de Chirac ? l'encontre des am?ricains : "Il n'est pas possible d'installer une d?mocratie en l'exportant par l'interm?diaire de chars blind?s" (ou un truc dans le genre quoi). Ah ce Jacques, il parvient ? balancer quelques v?rit?s parfois.

Le d?bat se terminait par une question adress?e ? Jean-Pierre :

- "Monsieur Raffarin, que peut-on vous souhaitez pour la campagne pr?sidentielle qui d?bute ?
- Que la pr?sidente de la r?gion Poitou-Charentes conserve son poste ? l'issue de la campagne !"


Sacr? Jean-Pierre, tout pour la d?conne !

Apr?s ?a, les vieux se ruaient sur les petits-fours comme des sauvages. Nous sommes parvenus tant bien que mal ? taper une coupe de champagne et zou, direction le Piano Vache pour prolonger la soir?e.

jeudi 7 décembre 2006

It's Only Rock'n Roll

"It's Only Rock'n Roll (But I like It)" comme dirait Mick ! Bon. ?a c'est dit. Ce post est inutile, inint?ressant et n'a que pour unique vocation d'?tre descendu aux archives le plus vite possible. Il prendra un int?r?t r?el le samedi 7 d?cembre 2030, lorsque je d?ciderai de me souvenir pour quelques instants de ce qui composait l'actualit? du jeudi 7 d?cembre 2006.


?a, c'est pour les historiens.


Ce mercredi soir, je suis all? renouveler ma carte 12/25 ? la gare. Tu me diras "sacr? occupation lulu !". Ouais mais ce qu'il faut voir, c'est que je l'ai faite renouveler ? H-2h. H-2h de quoi ? H-2h de la limite d'?ge autorisant le renouvellement de la dite carte pardi. Tu me crois, tu me crois pas, mais ?a a vachement distrait le guichetier de me voir. Il s'est empar? de mon ancienne carte et a dit :

Lui- "Wahouuu ! Alors ?a c'est judicieux de venir maintenant !

Moi- H?h? ! Qu'est ce que tu crois l'ami ? Que je passais par l? comme ?a et que sur un coup de t?te je viens te dire bonjour ?! Oh que non mon cher, aussi suprenant que cela puisse para?tre, il s'agirait que tu te figures que depuis ma naissance il y a 9495 jours, notre rencontre l?, ce soir, vers 22h, dans ce hall ?clair?, ?tait programm?e. Ou presque, parce qu'en r?alit? l'?l?ment d?clencheur du compte ? rebours qui nous am?ne ? cet instant o? je te parle, ce serait davantage la cr?ation de la carte qui fait voyager les jeunes ? moins cher (mais ni toi ni moi n'allons chipoter pour ?a pas vrai ?). ?a donne le vertige hein ?

Lui- Ah ouais non mais quand m?me, c'est fort, et dire que dans 2 heures ?a aurait ?t? trop tard...

Moi- Mais ouais, mais je suis comme ?a moi ! Je suis un fou, je suis capable d'attendre des ann?es enti?res pour b?n?ficier le jour J de The Ultimate Bon Plan dont tout le monde est au courant sur la Terre, ? savoir, faire renouveler cette carte de malade mental, qui me permet de relier Saint-Malo ? Cassis en pas plus de 8h18 avec correspondances ? Rennes et ? Marseille Saint-Charles pour ? peine plus que le prix d'un d?ner ? quatre servi ? la brasserie L'Atlantique en face de cette gare, la faire renouveler donc disais-je, la veille de ton 26?me anniversaire. De mani?re ? profiter du tarif "carte Kiwi holder" jusqu'? l'avant-veille de ton 27?me anniversaire. Enfin je t'explique ?a mais tu le sais tr?s bien, vrai ou faux ? C'est quand m?me toi le professionnel en la mati?re."


Je ne me suis pas coiff? d'une couronne de bougies pour l'occasion mais le coeur y est.

lundi 4 décembre 2006

Similitudes au sein du "global business"

La semaine derni?re, Arthur racontait sa guerre, ici. A la lecture de son post, j'ai eu cette impression de "d?j?-vu" ! La m?me vie, tout pareil. Nous sommes l?, dans de l?industrie, sale, ingrate, qui distribue d'insignifiants rewards et qui est incapable de se mettre en valeur. Nous assistons ? la fermeture de sites de production, nous faisons du transfert de technologie et de savoir-faire et nous avons en commun d' "avoir fait la Chine" (?? by Guillaume!). Je suis rentr?, lui y est encore.


Donc comme Arthur, j'ai fait ce charmant voyage de 90 bornes au r?veil sous un ciel teinte matinale. Je quittais un centre n?vralgique qui pulse pour aller au chevet d?un malade industriel enlis? dans ses ennuis en pleine France des r?gions? Parce que l?industrie malheureusement, elle n?a jamais habit? le 16?me?



Comme chez Arthur, ?a pressait, ?a d?coupait, ?a chauffait, ?a suintait, ?a pliait, ?a soudait. Et puis ?a s?est tu. Quelqu?un dans un bureau venait de s?arr?ter sur la ligne ? masse salariale ? d?un fichier Excel et avait d?celer un gisement de r?duction des co?ts ph?nom?nal en d?couvrant que le taux horaire d?un ouvrier ici avoisinait les 25? de l?heure alors qu?il ?tait inf?rieur ? 1? de l?heure l?-bas. On fit nos cartons et on s?en est all? l? o? c'est moins cher.





Et voici comment on se retrouve sur un port chinois dans l?embouchure du YangTze un petit matin de Janvier ? regarder des grues ant?diluviennes aller et venir comme de gros scarab?es.



Nous ?tions arriv?s ? destination.



Restait plus qu?? meubler un peu.



Ensuite, tu es victime de tes premi?res hallucinations. La Chine, c?est tout neuf dans ta t?te. Avant de partir, tu as assist? ? une grosse r?union avec des gens qui ont dit : ? Dans le cadre d?une rationalisation de la demande sur nos march?s, nous sommes contraints de continuer ? accro?tre notre comp?titivit? face aux concurrents. L?am?lioration de notre r?sultat net passe par un effort de r?duction de nos co?ts de production. Cet effort s?appuiera sur un plan en 3 volets : recherche et mise en place de nouvelles sources d?approvisionnements dans les Low Cost Countries, fermeture de notre unit? de production fran?aise, cr?ation d?unit?s de production sur les march?s ?mergents vis?s ? terme : l?Inde et la Chine ?. Et donc pour toi, c?est la Chine. T'as pris ton avion, t'es arriv? l?-bas et tu es tomb? face ? ?a.



Et l?, tu te dis : ? Mieux vaut en rire ?. Et juste apr?s, tu te figures ? toi-m?me qu?au vu du d?calage entre les t?tes pensantes (rest?es en France les yeux riv?s sur le reporting mensuel), et le jeu ? la mode locale de chez locale qui commence ? se tramer sous tes yeux : la partie risque d??tre serr?e. Mais l'affaire se monte et commence m?me ? ressembler ? quelque chose.



Les mois passent. Le soleil brille ? 9500 kilom?tres des t?tes pensantes. Sous le soleil chinois d?un mois de juillet, on se laisse doucement admirer avec un brin de satisfaction le chemin parcouru depuis l'arriv?e. Les mauvais r?sultats financiers, qui ont permis de justifier ton catapultage ici, ne sont peut-?tre pas encore int?gralement dissip?s, mais pour toi le boulot est fait. Y?avait rien, maintenant y?a une usine. Apte ? produire des pi?ces d?une qualit? somme toute ? peu pr?s acceptable. Tu entends dire de loin que la rentabilit? esp?r?e n?est pas au rendez-vous aussi vite que pr?vu. C?est normal, tu as crois? des businessmen de passage dans la r?gion la semaine pr?c?dente et ces messieurs t'ont affirm? qu'il faut au moins deux bonnes ann?es compl?tes ? un nouvel arrivant pour se faire ? l?environnement et commencer ? s?y d?velopper en tirant enfin b?n?fice des investissements effectu?s. En attendant ce jour-l?, tu es un des seuls ? pouvoir mesurer l?ampleur de tout ce qui a ?t? fait : de toutes ces petites choses pas bien anticip?es qui t?ont foutu correctement dans la merde pendant des semaines, jusqu?aux coups tordus des chinois qui tentent de te mettre des b?tons dans les roues. De tout cela, une chose ressort : d?sormais, sans ?tre devenu fondamentalement pessimiste, tu sais que la loi qui s?vit par d?faut dans l'industrie est celle de l'emmerdement maximum.

Pendant deux ans, ? chaque fois que tu as ?t? dans l'impossibilit? de suivre une action dans la longueur jusqu'? son terme, et qu'en d?pit de cela tu souhaitais tr?s fort qu?enfin, rien qu?une fois, les choses se d?roulent comme pr?vu, c'est-?-dire correctement... et bien non... ? chaque fois, ?a s'est mis ? merder dans les grandes largeurs. Imaginer, juste une fois, que quelque chose va se mettre ? pencher du bon c?t? de la balance est irr?aliste. Un brin de chance dans ce milieu, ?a n'existe tout simplement pas.

Au bout d?un an et demi, tu n?arrives pas ? croire qu?il faille encore r?p?ter ? tes nouveaux coll?gues chinois pour la ?ni?me fois la fa?on dont les choses doivent se passer en th?orie. On ne parle m?me plus de patience ? ce niveau l?, tu t?abandonnes simplement aux m?thodes locales et tu ne t??nerves plus, tu laisses couler. La non-r?activit? des cadres rest?s en France devient odieuse au milieu d'un esprit d'entreprise chinois qui se caract?rise par son volontarisme. Qui est ce con d'occidental, ? 9500 kilom?tres de l?, qui met un mois ? t'apporter le support r?clam?, et qui dans le m?me temps exige ? ASAP ? que tu remues ciel et terre pour lui fournir une ?ni?me synth?se chiffr?e de ton activit? ? Arriv? avec le statut d'expert technique, mandat? par le Corporate et dot? du pouvoir de dire "C'est comme ?a que ?a va se passer les enfants et pas autrement", dans le seul objectif d??vang?liser une terre qui ne demande qu'? s'industrialiser ! tu en repars fascin? par ceux qui t'ont entour? durant tout ce temps, enchant? du travail accompli, un soup?on d?sabus? et enrob? d?un certain relativisme face aux emmerdes quotidiennes.

Tu regardes, du haut de cette passionnante cr?ation, une derni?re fois la rue qui court devant le b?timent. C'est chouette, on s'est bien marr?, il est temps de retourner ? la maison.



On se r?installe en ville, et hop, on se retape ces 90 bornes vers ce site industriel qui ne compte aujourd'hui plus que des bureaux et une zone d?saffect?e.



Le besoin en ressouces humaines est mouvant. Aujourd'hui c'est ? cette fameuse ?quipe de d?veloppement et de support technique que je me retrouve int?gr?, cette m?me ?quipe que je fustigeais depuis mon bureau chinois il y a encore quelques mois. Alors forc?ment c'est beaucoup moins stimulant que le temps de la ru?e vers l'Asie ! Je ferai bien d'aller vers de nouveaux d?fis.



Merci encore ? Arthur pour son post ? combien inspirant !