Jeudi soir dernier, avant d'aller f?ter comme il se devait mon petit anniversaire dans les bars sympa jouxtant le Panth?on, je faisais un crochet par la CCI de Paris pour assister ? un d?bat organis? par La Tribune avec Jean-Pierre Raffarin. Pour ceux qui s'en souviennent, j'avais d?j? crois? Jean-Pierre ? Shanghai en avril 2005. Devenu entre temps s?nateur, il a pris le temps de r?fl?chir sur le "non" qui l'emporta au r?f?rendum pour la constitution europ?enne. Je retranscris l? en gros ce qu'il nous a dit :

"Vous savez, il faut faire l?effort de comprendre ce qui suscite r?ellement l?int?r?t des citoyens, je me souviens de mes premiers cours de marketing dispens? par Monsieur Jacques S?gu?la, ? l?ESCP en 78, juste avant qu?il ne tourne mal. Il disait : ? Ayez toujours ? l?esprit le besoin r?el du consommateur. Un homme qui entre dans un magasin de bricolage pour acheter une perceuse par exemple, ce n?est pas d?une perceuse dont il a besoin. Ce dont il a besoin, c?est de faire des trous. ? L?enseignement du r?f?rendum sur la constitution europ?enne est que les politiques ont perdu de vue le besoin r?el motivant la cr?ation d?une communaut? europ?enne. Le d?bat s?est tourn? autour des institutions qui ?taient d?j? per?ues comme lourdes, tr?s bureaucratiques. Jamais nous n?avons parl? de ce que permettrait de faire concr?tement une telle organisation. A plus forte raison en France, o? nous avons une obsession organisationnelle, nous n?avons pas assez ?voqu? les grands projets qui pourraient s?appuyer sur une politique europ?enne commune pour se d?velopper. Etonnamment au Luxembourg, petit pays g?ographiquement au centre des poids lourds de l?Europe, a aussi majoritairement dit non ; alors que les enfants naissent l?-bas quasiment trilingues. Ils n?ont fait qu?exprimer le sentiment des citoyens europ?ens qui ont l?impression qu?on leur monte une machine ? gaz sans qu?on ne mette plus justement l?accent sur les r?alisations futures permises par la construction d?une entente. Le besoin europ?en n'est pas d'avoir un parlement ou une commission. Le besoin europ?en est bel et bien de monter des projets communs, rassemblant plusieurs nationalit?s sous de m?mes int?r?ts, afin de faire valoir notre savoir-faire ou nos positions d?j? acquises, sur un march? mondial de plus en plus comp?titif."

C'est donc ?a. Merci Jean-Pierre, il aurait simplement fallu avoir cette vision un peu auparavant. Un peu plus tard, ? propos de l'entr?e dans l'Union de nouveaux pays tels que la Turquie pour n'en citer qu'un, Jean-Pierre conc?dait qu'il fallait marquer une pause dans le processus d'int?gration de nouveaux adh?rents. Pour achever en premier lieu ce qui est d?j? en chantier disait-il. Bon, rien d'?tonnant l?-dessus, c'est la ligne UMP.

Un peu plus tard encore, ? propos de la Chine, un des sujets favoris de Jean-Pierre :

"La Chine cr?e une France tous les 3 ans ! La d?mographie actuelle chinoise, c'est 20 millions de citoyens en plus chaque ann?e ! Sans espoir de pouvoir rivaliser avec une telle croissance, il est bien ?vident que la France doit se placer sur ce nouveau march?. Or qu'y observons-nous ? Actuellement, le principal concurrent de la France en Chine, c'est l'Allemagne ! Lorsque l'ex?cutif chinois lance un appel d'offres international pour la construction d'un train ? grande vitesse, en bout de course, Alstom se retrouve oppos? ? Siemens. Nous revenons donc ? la d?monstration de l'absolue n?cessit? de construire des alliances europ?ennes pour aborder les march?s ?mergents. L'autre souci concernant ces march?s ?mergents, c'est qu'ils s'abstiennent parfois de conclure les ?changes dans le respect des r?gles de droit. C'est pourtant bel et bien le fondement de la politique, cr?er un certain nombre de r?gles de droit pour permettre des ?changes ?quitables. Aujourd'hui, le gouvernement chinois parle en direct avec le PDG de Boeing. Le pr?sident de Microsoft se d?place jusqu'? P?kin pour rencontrer en t?te-?-t?te le pr?sident de la r?publique populaire. Ceci donne la nette impression que les r?gles capitalistes de march?s tendent ? s'imposer et ? supplanter les r?gles d?finies par l'OMC par exemple. C'est grave !"

Enfin sur la fin du d?bat, J-P confirmait que la France peut tout ? fait se permettre de continuer de d?velopper sa propre ligne en mati?re de politique ?trang?re. Nous sommes all?s, selon lui, d?j? suffisamment loin dans notre d?marcation vis-?-vis de la politique ?trang?re am?ricaine pour ne plus se sentir oblig?s de revenir dans le giron am?ricain. Il rappelait ? cette occasion une phrase de Chirac ? l'encontre des am?ricains : "Il n'est pas possible d'installer une d?mocratie en l'exportant par l'interm?diaire de chars blind?s" (ou un truc dans le genre quoi). Ah ce Jacques, il parvient ? balancer quelques v?rit?s parfois.

Le d?bat se terminait par une question adress?e ? Jean-Pierre :

- "Monsieur Raffarin, que peut-on vous souhaitez pour la campagne pr?sidentielle qui d?bute ?
- Que la pr?sidente de la r?gion Poitou-Charentes conserve son poste ? l'issue de la campagne !"


Sacr? Jean-Pierre, tout pour la d?conne !

Apr?s ?a, les vieux se ruaient sur les petits-fours comme des sauvages. Nous sommes parvenus tant bien que mal ? taper une coupe de champagne et zou, direction le Piano Vache pour prolonger la soir?e.