J'ai ?t? t?moin d'un flagrant oubli d'esprit de No?l, vendredi 23 d?cembre dernier aux alentours de 19h15 ? la FNAC Montparnasse. C'est donc au nom du Comit? d'Organisation d'un Nouveau No?l d'Aide et de Solidarit? pour les Sans Euros (C.O.N.N.A.S.S.E.) que je d?nonce la cruaut? d'une vilaine caissi?re. Laissez-moi vous peindre le tableau de cette petite sc?ne de vie.

3 protagonistes :
- Premier personnage, la victime, une dame dans un tailleur ? carreaux noirs et blancs qui devait ?tre ? la mode il y a encore une quinzaine d'ann?es ? peine, brune, longs cheveux raides, discr?te dans son ensemble, ne respirant globalement pas l'aisance et la haute estime de soi comme les autres affreuses bourgeoises, tra?nant dans le quartier ? l'heure de la fermeture des boutiques, plus emperlous?es encore que leur propre sapin ? cette saison.
- Deuxi?me personnage, la caissi?re de la FNAC, une blondinette propre sur elle, paraissant assez inoffensive au premier abord mais que la fatigue de fin de journ?e pousse vers une ind?licatesse verbale et une m?chancet? gratuite. Une vraie petite connasse quoi (rien ? voir avec le Comit? d?j? cit?).
- Troisi?me personnage, the Watcher, l'ethnologue auto-proclam? de la rue de Rennes entre autres, t?moin de la sc?ne ? l'insu de son plein gr?, moi.


Les files d'attente aux caisses ?taient aussi longues que les bras du grand orang-outan d'Indon?sie (jugez par vous-m?me). Et ?tonnamment elles ?taient plut?t calmes et disciplin?es. Un vigile organisait ces files ? mesure que les clients, r?chapp?s de la cohue r?gnant aux ?tages sup?rieurs, se pr?sentaient ? la caisse pour r?gler leurs achats. Les gens ?taient logiquement satisfaits d'avoir pu, jusqu'? l'avant-veille de No?l ? cette heure semi-tardive, trouver un cadeau ? offrir. Et la difficult? pour beaucoup d'entre eux ?tait moins le passage face au tiroir-caisse que la recherche de LA bonne id?e originale de cadeaux. Ainsi donc foule il y avait, mais d?tendue ?tait l'atmosph?re.

Devant moi, la victime commen?ait ? poser sur la caisse ses achats. La blondinette flashait les codes barres au moyen de son pistolet et annon?ait : "60 euros et 44 centimes s'il vous pla?t" d'un ton encore neutre. La dame-cliente sortait alors de son sac 2 ch?ques-cadeaux d'une valeur de 30 euros chacun et s'appr?tait ? puiser dans son porte-monnaie les quelques centimes d'euros n?cessaires pour atteindre la somme annonc?e... Elle n'avait pas encore termin? de poser les deux ch?ques devant elle que Madame Blondinette l'arr?tait net en lui opposant un "Ah non je suis d?sol?, on ne prend pas ces ch?ques l? dans notre r?seau".

Et l? nous avons senti que le sol se mit ? tanguer sous les pieds de la victime. Nous ?tions tous dans l'attente d'un "Ah bon ? Bien, ce n'est pas grave, je vais vous r?gler en carte bleue dans ce cas" qui n'est finalement jamais venu. Au lieu de ?a, elle balbutiait un timide "Ah... et bien, je n'ai pas d'autres moyens de paiement... je n'ai pas assez de liquide... je ne vais pas pouvoir tout prendre...". Tout le team de la caisse num?ro 8 observait d'un oeil discret et compatissant cette dame embarrass?e.

D?butait alors le plus douloureux des arbitrages qui soit en cet avant-veille de No?l. Dans le panier de courses initial de la dame : un coffret de 3 DVD et 2 romans. On pouvait suivre sur son visage le cheminement de ses pens?es. Le regard riv? sur le sol, perdue dans sa r?flexion, elle se questionnait : "Dois-je garder le coffret de 3 DVD qui ferait tant plaisir ? Valentin ? O? dois-je plut?t acheter les 2 romans qui combleraient de bonheur Manon ? Lequel de mes deux enfants vais-je devoir sacrifier ? S'il y en a un capable d'endurer une d?ception am?re en ce jour de joie pour les enfants, quel est son nom ? Saura-t-il un jour me pardonner ?".

Et alors que tout le monde retenait son souffle conscient du drame qui se nouait ici, la caissi?re choisissait d?lib?r?ment d'ajouter un coup de pression ? la sc?ne en l?chant "Bien, vous avez fait votre choix madame ? Va falloir se presser maintenant, y'a du monde qui attend !". Son sourire s'?tait effac?, elle avait le regard froid et calculateur des tueurs en s?rie. La victime d?cidait d'abandonner sa dignit? sous l'assaut de cette p?ronnelle en gilet vert ? bande jaune, et implorait sans relever les yeux qu'on lui redonne le montant de chacun des articles qu'elle avait dans son panier.

D'un ton tranchant, inopportun, la dinde en service caisse num?ro 8 s'ex?cuta et pronon?a rapidement "29 euros 95 les DVD, 12 euros 49 ce roman ci et 18 euros ce roman l?"... Nouvelle minute d'apn?e pour le team de la caisse 8, clients de la file d'attente compris. La victime en proie ? son interrogation finit par trancher, apr?s une ultime sommation de la blonde qui n'avait plus d'humain que quelques r?les d'exasp?ration. Ce seront donc les 2 romans qui tr?neront sous le sapin. Et voil? que la victime d?plie un an un les billets, aligne doucement les pi?ces d'une main tremblante, parvient finalement ? r?unir 30 euros et 49 centimes. Ces 30 euros et 49 centimes puis?s sur le compte "D?ner de No?l" en toute vraisemblance. Cette ?pargne qui aurait du payer les tranches de saumon servies en entr?e, ou peut-?tre la b?che dont raffole les enfants en dessert, cette ?pargne donc, fut abandonn?e dans la douleur au milieu d'une indiff?rence quasi-g?n?rale et surtout en face d'une ?me haineuse !

D?boussol?e, d?j? ivre de remords de ne pas pouvoir offrir aux enfants le No?l qu'ils m?ritent, la victime s'en allait, le regard toujours viss?e au sol. Et c'est ? cet instant que la D?traqueuse choisit de lever haut l'?p?e pour donner l'estocade sous la forme d'un "H? !! vous pourriez dire au revoir !? alors ! non mais d?j? que vous avez fait attendre tout le monde, cela ne doit vous emp?cher d'?tre polie !". A?e a?e a?e... La g?ne gagnait ? pr?sent les autres badauds venus assist?s au massacre. Cette pauvre dame venait de vivre un ?pisode humiliant, et voil? que son bourreau lui replantait le nez dans la merde en public. Elle n'eut pas la force de dire quoi que ce soit. Elle retourna la t?te furtivement mais une nouvelle fois ne parvint pas ? affronter le regard inquisiteur de la caissi?re. Elle ?tait d?j? en fuite.

A la suite de cela, l'ambiance ?tait pesante caisse num?ro 8. C'?tait ? mon tour de me pr?senter face au monstre. Conscient que le moindre faux pas serait sanctionn?, je prenais les pr?cautions d'usage en adressant un "Bonsoir" de politesse, pour calmer l'ogre. Ce dernier s'excusait de m'avoir fait attendre "? cause de la dame"... je r?pondais que j'en avais strictement rien ? secouer, et que je n'?tais pas ? 5 minutes. Je n'avais qu'un article, un cordon double jack, 4 euros 90 centimes. Rien de nature ? r?veiller la furie. Je r?cup?rais ma monnaie et l?chait "Merci" ? l'attention du cauchemar des m?nag?res Sans Euros. Prise de risque minimale de mon c?t?... jusque l? tout se passait bien. Le d?mon semblait s'?tre rendormi. Et puis catastrophe, transaction conclue, je me suis cru libre un peu trop rapidement et oubliait les circonstances de ce vendredi 23 d?cembre. Je quittais la caisse et son dictateur en ne l?chant qu'un "Au revoir"... Sanction imm?diate, je fus rattrap? par le col et j'entendis claquer ? mes oreilles : "Et puis bonnes f?tes quand m?me hein !?!!!". Je ne lui devais plus rien, je me contentais donc d'un "Oui merci". ?a fait partie des enseignements de base : Toujours partir en vainqueur.