Antoine Online

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jeudi 22 janvier 2009

Monsieur Z s'est trompe d'enseigne.

Voil? bien longtemps que nous demeurions sans nouvelles de Monsieur Z ! Install? dans son petit bureau du quatri?me, il ne faisait pas grand bruit c'est vrai. Il s'agitait depuis des mois dans l'espoir de redorer le blason de son m?tier, car en d?pit de sa chance l?gendaire, le milieu dans lequel ?volue Monsieur Z conna?t aussi la crise. Du haut de sa pile de dossiers "A traiter", Monsieur Z jette parfois un ?il ? l'?tage du dessous dans l'immeuble d'en face.

Quelle surprise la premi?re fois qu'il les vit ! Une bande de petits jeunes jouait gaiement au baby-foot au troisi?me ?tage un mardi apr?s-midi dans un immeuble qui se trouve pourtant au centre d'un quartier r?put? pour le s?rieux des affaires que l'on y traite. Bon. Soit. Monsieur Z retournait ? ses dossiers.

Quelques jours plus tard, Monsieur Z devenait vraiment perplexe en les observant jouer ? la PlayStation durant leurs heures de travail ! Plus tard encore, il les surprenait en train de se goinfrer de bonbons, de Lion, Mars et Twix. En fin de journ?e, les petits bonshommes du troisi?me ?tage d'en face devenaient carr?ment d'humeur festive et trinquaient des heures durant ? la sant? de je-ne-sais-quel gourou leur permettant d'avoir ce rythme de travail bien relax. Malgr? cela, Monsieur Z dut se r?soudre au fait qu'il n'est pas log? ? la m?me enseigne et que par cons?quent, lui n'a d'autre choix que de travailler, travailler, travailler, sans baby-foot, sans PlayStation, sans Marshmallows, sans ap?ros du soir entre potes de boulot.

Une fin de semaine se pr?sentait pour le plus grand bonheur de Monsieur Z. Il allait enfin pouvoir mettre de c?t? le travail harassant qui lui ?tait confi? jusqu'au lundi matin. En d?crochant son manteau de la pat?re, juste avant de refermer la porte du bureau, des mouvements retinrent son attention dans l'immeuble d'en face. Il retraversa son bureau et se posta ? la fen?tre. Les joyeux drilles du troisi?me d'en face avaient cette fois-ci investi le balcon de leur immeuble Haussmannien pour y trinquer librement ? l'air libre et c?l?brer dignement le week-end ? leur mani?re. D'autres fumistes ?taient quant ? eux toujours scotch?s ? la PlayStation, ? gauche on rigolait aux ?clats, ? droite ?a continuait de s'empiffrer de tous les mets sucr?s et caram?lis?s mis ? disposition par leur Grand Gourou. "Mais bon sang, qui sont ces gens ?" s'interrogeait Monsieur Z.

Il devait en avoir le c?ur net. En sortant de son immeuble, il traverserait la rue et irait voir si les gais lurons avaient viss? la plaque du Grand Compte qui les entretenait dans cet univers g?nial. L'ascenseur d?pota Monsieur Z dans le hall aust?re de son employeur. En face de lui : la r?ponse ? l'?nigme. Il traversa la rue, s'approcha du porche de l'immeuble, parcourut toutes les plaques dor?es viss?es dans la pierre : Cabinet d'Avocats, Cabinet d'Avocats, Fonds de Gestion, Conseils en Actifs Financiers, Cabinets d'Avocats? et puis cette plaque, plus color?e que les autres, correspondant aux rigolos du troisi?me : GOOGLE France.

C'?tait donc ?a... Le vent frais du g?nie californien en plein Paris ! Voil? ce qui ?tait parvenu ? d?stabiliser Monsieur Z dans ses ?uvres. Monsieur Z a depuis repris son labeur quotidien sans plus pr?ter attention aux frasques de ses voisins d'en face mais admet bien volontiers qu'il s'est tromp? d'enseigne !

Le vrai prix de la crise.

Mercredi 21 Janvier 2009, 23h12, rue du Faubourg Saint-Honor? Paris VIII, ? la sortie de l'h?tel Bristol, sc?ne de violence moderne extr?me : la crise frappe de plein fouet le voiturier du palace.

Je me tenais sur le trottoir entre la chauss?e et les portes de l'h?tel. Dans mon dos, une Mercredes noire s'arr?te, un couple qui ne devait pas ?tre loin de c?l?brer ses noces d'or en descend. Le voiturier, naturellement aux aguets, se pr?cipite vers la voiture tout en sachant qu'il n'aurait d'autre utilit? que d'accueillir personnellement ces deux honorables clients, puisque la Mercedes poss?de d?j? son chauffeur attitr?.

L'homme qui en descend se d?place avec difficult?, ? l'aide d'une canne. Il serre la main du voiturier et se dirige vers le lobby de l'h?tel. Sa femme, qui trottine derri?re lui, serre ?galement la main du voiturier et en profite pour lui glisser un petit bifton de 50 Euros dans le creux de son gant blanc, vraisemblablement en guise de remerciement pour l'accueil chaleureux.

La sc?ne se fige, la dame ne l?che pas le gant blanc, une demi-seconde de malaise plane, l'?il du voiturier se plisse, elle semble h?siter. Quelle est cette ombre au tableau ? Que se passe-t-il sur le perron de ce monde luxueux ? Qu'est ce que faisait ce couple ce soir ? Paris ? D'o? tirent-t-ils l'aisance financi?re leur permettant de descendre dans les h?tels les plus on?reux de la ville ? Qui peut deviner dans quelle mesure leur fortune personnelle fut atteinte par les derniers mouvements de la sph?re ?conomique ? Elle serre encore un peu plus fort le gant blanc et semble avoir pris une d?cision... non... pas ?a ! Et pourtant si... elle glisse ? l'oreille du voiturier :
- "Vous n'auriez pas un peu de monnaie par hasard ?
Le voiturier int?rieurement interloqu? demeure en apparence imperturbable et fait bonne figure.
- Bien s?r Madame, je vous prie de m'excuser Madame. Je n'avais pas vu...
Et oui, c'est-?-dire qu'ici les billets ?chang?s n'ont pas la m?me valeur que dans la rue d'? c?t?. Il y en a toujours eu plein, partout, qui d?bordaient de toutes les poches, alors pour ne pas s'encombrer inutilement l'esprit, on a cess? d'y pr?ter attention. Le voiturier feignant dans un premier temps de ne pas avoir reconnu la valeur du billet qu'on lui tendait, revint vers la dame.
- Trente Euros iront-ils ? Madame ?
Press?e de mettre un terme ? cet ?pisode douloureux pour tous, elle acquies?ait.
- Bien s?r, bien s?r. C'est tr?s bien. Merci.
- Je vous en prie Madame, c'est moi qui vous remercie. Bonne fin de soir?e Madame."

Voil? le vrai prix de la crise ! La r?cession fait perdre aux fortun?s leurs bonnes mani?res. Mais en d?pit de tous les scandales financiers et autres d?confitures capitalistiques, il faut admettre que le sourire et la poign?e de main du voiturier du Bristol restent factur?s 20 Euros !