Premi?re journ?e de travail ! Je me l?ve sous un ciel archi-couvert. Pas une perc?e de la journ?e, je ne verrai que les nuages gris au-dessus de la ville. Apr?s le petit d?jeuner, je me rends ? pied jusqu?? ma tour au bord de l?eau. Mon h?tel est proche, cela me prend ? peine 10 minutes. Premi?re difficult? : trouver l?entr?e du building. Pour monter au 39?me ?tage, il faut commencer par descendre car comme partout ? Hong Kong, les pi?tons se baladent sur des passerelles au niveau du 1er ?tage des immeubles. C?est donc par le premier ?tage de la tour que j?aborde le centre commercial. Un starbucks, un MacDo, des boutiques, ?a ne ressemble pas beaucoup ? des bureaux ! Me serai-je ?gar? ? Cinq minutes d?h?sitation plus tard, je trouve enfin les ascenseurs desservants la tranche 37?me-53?me.

L?accueil est cordial mais on ne perd pas de temps puisque 20 minutes apr?s mon arriv?e, je me retrouve en salle de r?union (dont les fen?tres donnent bien sur la baie, c?est chouette) ? devoir estimer de combien je r?duis les co?ts par rapport ? ma derni?re estimation faite le mois dernier. Le commercial qui sommeille en moi parle tranquillement sans trop l?cher la bride. Je conc?de en une demi-heure un peu moins d?un tiers des savings que mes interlocuteurs attendaient. Et j?oppose ? leurs mines circonspectes ? Et bah c?est cool ! C?est vachement encourageant tout ?a ! ?. On ne va quand m?me pas l?cher tout d?s la premi?re r?union, ils n?ont qu?? faire des efforts aussi pour baisser leur prix. Avant de venir, on m?avait pr?venu, ce sont des ? gros cons de b?tonneux ?, donc en premi?re approche on les emmerde. C?est assez confortable comme position car d?s lors que le ton est pos? de la sorte, je ne suis m?me plus oblig? de les ?couter vraiment. Ils gesticulent face ? nous, et moi je laisse mon regard se perdre dans les eaux de la baie, de temps ? autre accroch? par un bateau, par-dessus leurs ?paules.

J?aime bien l?approche anglo-saxonne des choses. M?me si les conclusions de la r?union ?taient d?j? ?crites avant qu?elle ne se tienne, je dois reconna?tre un certain m?rite ? ces types que je rencontrais l?. Sans y para?tre, ils font avancer les choses. Enfin je me dis ?a une fois que les discussions sont closes. En g?n?ral, dans le feu de l?action je trouve toujours que beaucoup de bullshit est ?chang? pour pas grand-chose. Vous auriez du les voir s?agiter sur leur tableau blanc, empilant les hypoth?ses de discount possibles, en les classant en 3 cat?gories : ? discount acquis ?, ? discount hypoth?tique but compliant ?, ? discount agressifs nous faisant d?roger aux exigences du client ?. Mine de rien, c??tait bien vu. J?aime surtout lorsqu?ils se f?licitent en sortant de la salle par des ? all right, that was a good working session, good start, we know where we?re heading at and what needs to be achieved ?. Ce positivisme constant me fascine. On dirait que ces gens l? ne connaissent pas le doute.

Autour de 14h30, j?ai fini par descendre m?acheter un sandwich dans un supermarch? tr?s classe au pied de la tour. En voil? un travers du rythme de travail ? l?anglaise, il n?y a pas de plage horaire bien d?termin?e pour s?alimenter. Chacun mange dans son coin, devant son ordinateur ou sur une petite table au milieu de l?open space. C?est d?un triste !

L?apr?s midi fut moins rigolote que la matin?e. J?ai du me coltiner pendant plus d?une heure en face-to-face un type ? l?accent incompr?hensible. Au d?but, j?ai essay? d??tre poli avec lui et puis comme il s?escrimait ? parler comme une merde, j?ai l?ch? l?affaire. J?ai jou? mon repli strat?gique habituel qui, en plus d??tre particuli?rement de circonstance, fonctionne toujours aussi bien : prendre l?attitude du vieux sage japonais en pleine m?ditation. Le principe de base est de se taire. A la suite de quelques grommellements de ma part ponctu? par des ? I don?t give a shit! ? (dans ma t?te uniquement) en guise de r?ponse ? ses questions nazes, je crois qu?il a compris que je me foutais compl?tement de savoir si c??taient plut?t des boulons de 40 ou de 36 qui serviraient ? serrer une poutre sur une autre. Diable, c??tait donc vrai. Ce sont tous des brutes de b?tonneux qui ne parviennent qu?? effleurer des questions bassement technologiques en pensant faire du process ! On m?avait d?ailleurs fait un ? special notice ? sur cet individu en me pr?venant que c??tait le genre de type qui ne s?arr?tait que sur les petits d?tails et jamais sur l?id?e g?n?rale. ? Non mais c?est quoi ces conneries ? ? avais-je envie de lui r?torquer la plupart du temps. Rassurez-vous, tel le bon diplomate, je me suis contenu. Bref, comme si ?a ne suffisait pas, il m?a pris le chou jusqu?? la fin de la journ?e avec un putain de silo m?tallique? il n?avait plus que ?a ? la bouche, le silo, et le silo, et sinon pour le silo, et by the way le silo, nevertheless the silo, furthermore le silo, etc ! Non mais s?rieux, qu?est ce que j?en ai ? battre moi ? Y?en a 40 des silos, pourquoi celui-l? ? Ce jour-l? ? Face ? moi ? Difficile ? comprendre.

Retour ? l?open space. Une place sur deux a beau ?tre occup?e par un anglophone, l?atmosph?re n?en reste pas moins chinoise. Ils sont l? partout, se d?placent furtivement, rient tout bas, tiennent des messes basses, r?pondent au t?l?phone tout doucement, raccrochent encore plus doucement, s??changent des fichiers avec plein de couleurs et de trucs qui clignotent dessus, c?est vraiment dr?le ? observer. Au milieu de tout ?a, il y a mamie Wang qui sert du th?, du caf? ou de l?eau ? volont?, comme un petit Lemmings, ? tout le monde, toute la journ?e. En fin de journ?e, alors qu?elle passait dans mon dos avec un verre d?eau dans la main pour le mec assis ? c?t? de moi, elle a l?ch? un vieux rot. ?a aussi, j?avais oubli?.

Pour finir, les types sympas avec qui nous avions commenc? la journ?e ont ouvert le bar de l??tage. Rien de mieux, pour souder une ?quipe qui se cherche encore un peu, que de faire deux ou trois blagues salasses autour d?une bi?re. Le kiffe quoi (c?est ironique). J?adore? L?un deux est install? ? Hong Kong depuis 1993 et poss?de deux bars dans la ville. Difficile de refuser son invitation ? le suivre dans l?un de ces lieux. Toute la petite troupe s?est mise en route et les british nous ont salement pli?s. Mais pour ?a aussi, j?avais re?u un ? special notice ?, on m?avait dit ? Paris ? tu verras, ?a se passe toujours comme ?a lorsqu?ils re?oivent des petits nouveaux ?. Et pan, en plein dans le mille.