As far as I can remember, j’ai assisté à mon premier pot de départ en retraite américain aujourd’hui. Dans la foulée du déjeuner, l’assistante dressa une table au milieu de l’open space, y déposa un de ces énormes gâteaux faits de génoise recouverte de pate de sucre, plusieurs petits pots de glace, et agrémenta le tout d’un trio de ballons gonflés à l’hélium souhaitant à l’employé mis à l’honneur des best wishes et formulant des thank you.

En l’espace de 10 minutes tout était prêt. Aussi vite que la table fut dressée, les convives quittèrent tous leurs petits cubicles pour se masser en un demi-cercle autour de la table au gâteau. L’heureux retraité se présenta tout sourire devant nous, et entama, comme le veut la tradition vraisemblablement mondiale !, un discours. Celui-ci fut concis, tout en retenue, straight forward. L’homme souriant remercia tous ses collègues, ré-affirma qu’il passa un très bon moment au sein de cette communauté qu’il eut la chance de fréquenter ces 2 dernières années et demies.

Comment ? Un employé, cadre certes, mais cadre lambda et non dirigeant, touche l’âge de la retraite (américaine) seulement 2,5 années après avoir été embauché ! Voici une première singularité. En France, je n’ai jamais vu partir qui que ce soit en retraite avec moins de 15 ou 20 ans d’ancienneté au sein de l’entreprise. Ainsi l’emploi des séniors pourrait être aussi fluide que dans les tranches d’âge inférieures ? Un sénior pourrait ne pas craindre la ségrégation liée à l’âge lorsqu’il souhaite changer d’employeur à 45 ans passés ? Incroyable espoir que de pouvoir se mettre at risk sur le marché de l’emploi alors que pointe déjà la retraite à l’horizon ! Et j’ai d’ailleurs bien peur que la relation que j’effectue là entre « risque » et « changement de situation professionnelle » soit tout à fait inappropriée ici. Ce risque n’est-il pas inexistant dès lors que l’emploi est fluide ?

Puis, il continua de nous exposer ses plans, à court terme. Venu s’installer dans la région de Chicago pour travailler, il retourne dans la région de Seattle dont il est originaire. Ses deux filles y résident toujours, ainsi qu’une bonne partie de la famille de sa femme. Ils ont déjà tout empaqueté, ils ont vendu leur maison, et repartent poser les valises sur la côte Ouest. Cet homme s’apprête à hit the road for a 2500 miles or so, selon ses propres mots. La fameuse transhumance d’Est en Ouest ou d’Ouest en Est que chaque foyer américain effectue une fois ou plus au cours de sa vie. Deuxième singularité. Ce n’est pas une bascule Paris – Province, c’est un balancier Est – Ouest.

Le supérieur hiérarchique pris la parole quelques secondes, dans un style toujours aussi bref et retenu. Il le remercia, signala que sa bonne humeur constante avait été plus qu’appréciée tout au long de leur collaboration, et conclut en rappelant à l’équipe que cette dernière avait eut énormément de chance de travailler avec un homme d’une telle qualité. Une poignée de mains, une volée d’applaudissements, et nous attaquions glaces et gâteau. Pas de cadeau de départ de l’entreprise envers son employé comme le veut la tradition en France. Troisième singularité. Mais pour celle-ci, je ne saurais dire si elle relève réellement des us et coutumes, ou si elle s’explique plutôt par le peu d’ancienneté qu’avait cet homme au sein de la structure.

Toujours souriant, l’heureux retraité ajouta qu’il comptait donc atteindre la région de Seattle par la route… pour Labor Day. Poser ses valises définitivement sur son lieu de retraite le jour de la fête du Travail, an american paradox!